SANDRINE LE BERRE : Les secrets d’une comédienne irrésistible

Sandrine Le Berre fait partie de ce qu’on appelle les « petits noms », pas connue mais pas inconnue. Elle a des fans, on lui demande des selfies dans la rue. Cinéma, théâtre, radio, doublage, voix-off, elle a tout fait. C’est depuis « Coiffure & Confidences » de Robert Harling qu’elle prend réellement du plaisir à jouer au théâtre tous les jours.

Sandrine Le Berre : On fait une sacrée nana à nous six ! Je me régale dans le rôle d’Agnès, l’apprentie coiffeuse. Elle coiffe, fait une pédicure, une manucure, range, plie, lave. Il faut penser à ce qu’on va chercher quand on va d’un endroit à un autre. Je trouve qu’on joue mieux en étant occupée. Dans cette pièce, il y a 244 accessoires qui ont leur vie propre. Je bouge en apprenant mon texte et je m’oblige à apprendre là où il y a du bruit. Il faut que le texte soit su. Il ne faut pas avoir à y penser pour pouvoir jouer ce qu’on a à jouer … J’aime mon métier. Je n’aurais pas pu aller tous les jours au même endroit, travailler dans un bureau, voir les mêmes gens. J’aime bien être au pied du mur, au pied de la falaise. 

Dimanche dernier à Lille, le Public était adorable. Comme on dit, c’était une bonne. 1h40 de bonheur ! Et la dernière fois, c’était à Malsherbes. J’ai reçu une petite lettre ce matin où ils disent tout le bien de nous. C’était une « chouette » pour nous et pour eux. Quand je joue, je suis bien.

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Lorsqu’une comédienne est sollicitée plusieurs fois par les mêmes metteurs en scène, ça sent toujours très bon. C’est son cas. Sa vocation est née après avoir fait une faculté de cinéma et avoir joué dans tous les films de sa promotion. Au départ, elle voulait absolument être derrière la caméra et une fois passée devant, elle y est restée. Elle a d’ailleurs quitté la faculté pour faire l’avant dernier film d’Alain Robbe-Grillet « Un bruit qui rend fou » en 1995.

SLB : Je joue pour les autres et avec les autres… mais j’ai la trouille quand je dois monter sur scène. J’ai peur que tout s’éteigne, que je sois nue, que tout tombe, ça ne va pas du tout ! C’est très compliqué. Avant l’ouverture du rideau, je bois de l’eau, après je fume et puis, j’ai envie de faire pipi, je vérifie les accessoires et je bois de l’eau, … C’est irrépressible. Sur un tournage, le trac est réduit à son simple appareil mais, je peux mourir entre moteur et action. Et à la radio, c’est deux minutes avant.

Elle aime faire rire et trouve ça assez sadique de faire pleurer.

SLB : Je me souviens, Josiane Balasko m’avait demandé « est-ce que tu pleures ? » et j’avais répondu : « ben oui, bien sûr ». Dix-huit mois plus tard, elle me proposait un rôle dans « Cliente » où à chaque fois qu’on s’adressait à moi, je fondais en larmes. Mais c’est à mourir de rire. Mon fils était outré d’entendre les gens rires dans la salle alors que je pleurais. Pleurer, ce n’est pas un problème mais j’aime moins. Il n’y a pas de différence dans le jeu entre la comédie et la comédie dramatique. ça ne change rien. Faire rire ou pleurer c’est exactement la même chose, la même énergie, exactement les mêmes muscles. Il m’arrive de penser à un truc triste, de me rajouter une couche de triste quand on fait la scène un milliard de fois et que j’ai épuisé tous mes petits trucs. C’est très rare. On est des comédiens, on fait semblant. Je ne me rends pas malade pour pleurer. Non ! Quand le texte est bien écrit ça vient tout seul et la situation parle d’elle-même souvent. En général, quand on doit pleurer c’est que ce n’est pas gai.

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Sandrine n’a pas l’impression d’être différente des autres comédiennes. ça la surprend toujours quand on lui fait la remarque.

SLB : Souvent en casting, on me dit « Ah tiens, on me l’avait jamais jouée comme ça ! » alors que c’est une phrase et que pour moi, il n’y a que cette manière là de le faire spontanément. De toute façon, il vaut mieux être soi, se ressembler parce qu’on ne sait jamais ni pourquoi on est pris et ni pourquoi on n’est pas pris. Dans les deux cas, c’est à moi qu’on s’adresse directement. En gros, quand je suis choisie c’est vraiment pour moi puisque je suis si particulière comme ils disent.

Sandrine n’a eu que trois agents en vingt-huit ans. C’est rare, il paraît ! La recherche d’emploi c’est énorme, 80% du temps est consacré à la recherche de travail. Ce n’est pas de l’offre et de la demande, il faut créer l’envie grâce au relationnel essentiellement. Voici quelques unes de ses clés pour apprendre à bien vivre ce métier.

La chance ?

Le bonheur c’est un travail et la chance ça se provoque terriblement. Il en faut oui. C’est sûr que si on reste à côté du téléphone, il ne se passe pas grand chose. Il faut sortir, il faut voir des gens et ne faut pas hésiter à dire à des metteurs en scène qu’on les aime. Je crois que c’est important de dire les choses : regarder le générique d’un film, trouver le nom de la société de production et envoyer une lettre. Je ne l’ai pas fait souvent, mais je l’ai fait.

Le casting ?

Le casting c’est amusant, il faut le prendre comme un exercice à part avec aucun but derrière comme une cession de travail. C’est toujours agréable de rencontrer des gens, ils sont forcément différents de nous. J’essaye de penser essentiellement à ce que je dis au moment où je le dis et à me servir de l’état dans lequel je suis, dans ces moments là ! La colère, la fatigue peuvent être moteurs d’une autre forme d’énergie. Parfois, on n’a pas super la pêche alors qu’on est censé vendre une énergie énorme. On sait que ça va être dur et ça reste dur.

Je me baisse même pour une pièce de un centime. Ce sont des trésors que je trouve dans la rue. Je trouve que ça porte-bonheur de trouver des trucs. Sinon, j’ai le jean qui fait les belles fesses et dans lequel je me sens bien. En casting, il faut vraiment prendre une tenue où on est bien aussi de dos. On nous demande de faire un tour sur nous même, de marcher au fond de la pièce souvent. Mais ça c’est toutes les femmes et pas seulement les actrices.

Comment travaillez-vous un rôle ?

J’ai besoin d’être seule pour travailler. On est des chercheurs. Je décortique, c’est un travail chirurgical. C’est couche sur couche : comment le personnage marche ce qu’il mange, ce qu’il écoute comme musique, je veux tout savoir de lui. Qui était sa mère où est-ce qu’il va ? Ce qu’il veut faire plus tard ? Je trouve ça très important même pour des petits rôles. Ces dernières années, c’est un peu moins confortable de bosser donc il faut faire tout ça en amont. On n’a plus le temps! Cinq minutes utiles par jour c’est vraiment rock. On est de tous les plans, de toutes les séquences, ils rentabilisent à mort notre venue. Sur le texte, je souligne des choses et parfois quand j’ai vraiment une très très bonne idée sur un paragraphe, je l’écris au crayon à papier et puis en général, je l’efface.

Je ne pense jamais à deux manières de jouer la scène. Pour moi, il n’y en a qu’une. Si on me demande de faire autre chose, je préfère le faire spontanément. Mon travail est sur une version et si ce travail est bien fait, il suffit de changer un truc dans la tête pour changer absolument tout le reste. Par exemple, tout d’un coup, elle a mal à un pied : elle va être plus préoccupée, elle va marcher autrement, s’asseoir différemment.

2« Les gens en maillot de bain ne sont pas tous forcément superficiels » film d’Eric Assous

Une méthode pour mémoriser les textes ?

Si c’est une période où on a plein de casting, on apprendra vite. Si c’est plus long, on y passera trois fois plus de temps, mais ça finira toujours par rentrer. C’est mon boulot. Il faut bien dormir, bien manger. On est meilleur pour les autres et pour soi, même dans la vraie vie. Je vais apprendre le maximum jusqu’à ce que j’ai trop sommeil et après je me couche. La dernière chose que je fais c’est lire le texte. Et le matin, je le sais mieux que la veille. Après, on a tous nos méthodes et nos trucs. Je lis à haute voix, je lis une phrase, une deuxième, etc… sans jouer, monocorde jusqu’à ce que le texte soi su et après j’y pense, j’y pense … Comment le personnage bouge, c’est important.  Sur les petits rôles on nous donne très peu d’informations donc il faut aller chercher dans les moindres indications du petit bout de la scène qu’on n’a pas à passer avant et après pour voir un peu l’ambiance du film. C’est rigolo ce moment-là !

Les formations & stages ?

Il faut aller se nourrir dans les stages, ça permet d’éviter d’user des expressions quand on joue. Une intention doit être jouée au claquement de doigt : avoir l’air embêté, préoccupé ou inquiet.  C’est essentiel d’expérimenter des nouvelles formations. Après, on risquerait de dire de nous qu’on a que trois manières de mourir ou de rigoler. Il faut être riche d’expressions. Je fais de la formation continue depuis toujours. Au départ, c’était tous les ans. Maintenant, c’est tous les deux – trois ans. ça me fait du bien et si ça ne me fait pas de bien, je m’en vais. Oui, parce qu’il y a des gourous parfois, des machos qui font plus de mal que de bien …

C’est un métier où il faut aimer vraiment les gens sinon, on n’a pas envie de rentrer dans leur peau. Je pense qu’il faut être d’accord à 100% avec son personnage. On trouve des manières de justifier des paroles, des actes surtout quand le texte est bien écrit et le scénario bien construit. On arrive toujours à trouver une justification.

Et vieillir, vous le prenez bien ?

Je le prends mal comme toute les femmes. Je fais des triceps avec ma bouteille d’eau, je rentre mon ventre. Je prends le vélo pour mon corps. Je fais attention à ce que je mange. J’ai fait de la danse classique. J’ai appris la rigueur dans le travail.  Je m’astreins à me tenir droite quoiqu’il arrive, ce sera jusqu’à la fin de mes jours. La danse m’a appris le « il faut ». Il n’y avait pas de plaisir sauf celui d’aller boire un cacolac avec les copines après le cours et d’être en tutu à côté des mecs qui faisaient de la lutte. C’était rigolo. Toutes les petites filles veulent être en tutu, non?

Quand je l’interroge sur ses rêves et futurs projets, elle me répond qu’elle pense à l’audition de demain. Si ça ne marche pas, elle rebondira sur autre chose. Elle rêve d’un beau rôle principal.

SLB : Tant que je gagne, je joue ! Dans plusieurs années, je me vois en Denise Grey avec ma petite fille héroïne du film … Je laisse venir les choses, ça ne sert à rien d’avoir des regrets. Quand je vois un film que j’adore, je ne me mets jamais à la place de la comédienne. Quand je lis une pièce super, je ne me mets pas à la place d’une héroïne. Comme plein de comédiens, j’ai des frustrations … là je n’ai pas de rôles principaux alors oui, je me projette dans des rôles importants mais je ne sais pas lesquels.

Merci beaucoup Sandrine.

6Sandrine c’est aussi la voix de Pétunia à la télévision et au cinéma dans « Grabouillon » créée par Philippe Poirier et Patrick Regnard (2006 – 2018).

FORMATION

2001 Stages avec Pico Berkovitch 
1995-2000 Stages Jacques Waltzer 
1994 Atelier Damien Acoca 
  Licence Etudes Cinématographiques et Audiovisuelles – Sorbonne
 THÉÂTRE
2014-2017 COIFFURE ET CONFIDENCES / D. GUILLO 
1999 DROITS DE SUCCESSION / T. NICOLAS 
1998 Avignon 98 -France Culture, Bretch et nous / M. SIDOROFF 
 CINÉMA
2016 VIVE LA CRISE / J-F. DAVY 
2015 LE FEU SACRE, JOURNAL DE BORD / A. JOFFE 
2012 DEMI-SOEUR / J.BALASKO 
2011 LA CERISE SUR LE GATEAU / L. MORANTE 
2010 118 318 SÉVICES CLIENTS / J. BAILLARGEON 
2009 LES HOMMES A LUNETTES / E. LE ROCH 
2008 DE L’AUTRE CÔTÉ DU LIT / P. POUZADOUX 
2007 CLIENTE / J. BALASKO 
  TU PEUX GARDER UN SECRET / A. ARCADY 
  PASSE PASSE / T. MARSHALL 
2006 COUP DE SANG / J. MARBOEUF
Nommée aux espoirs Féminins 2006 ‘Les Etoiles d’Or’ 
2005 L’ÉQUILIBRE DE LA TERREUR / J-M. LEFRANC 
2003 LE PETIT CURIEUX / J. MARBOEUF 
2002 TRISTAN / P. HAREL 
  TOUTES LES FILLES SONT FOLLES / P. POUZADOUX 
2001 TANGUY / E. CHATILIEZ 
  SEXES TRÈS OPPOSÉS / E. ASSOUS 
1999 LES GENS EN MAILLOT DE BAIN NE SONT PAS (FORCEMENT) SUPERFICIELS / E. ASSOUS 
  VIRILITÉ ET AUTRES SENTIMENTS MODERNES / R. GIRRE 
1997 LA VIE EST DURE, NOUS AUSSI / C. CASTELLA 
1996 L’ÉLÈVE / O. SHATZKY 
1995 BEAUMARCHAIS / E. MOLINARO 
1994 UN BRUIT QUI REND FOU / A. ROBBE GRILLET 
  RAI / T. GILOU 
 TÉLÉVISION
2014 LES HEURES SOUTERRAINES / P. HAREL
Pyrénées d’Or du meilleur Unitaire 
  AINSI SOIENT-ILS / R. TISSOT 
  CANDICE RENOIR / S. MALHURET 
2013 PSYCHOMATON, LES PARENTS CRAQUENT / M. CAPELLI 
2012 QI (Série Orange) / O. DE PLAS 
  RIS “ Nature morte” / T. BOUTEILLER 
2012 BANQUETTE ARRIÈRE / S. ACHARD 
2011 FAMILLE D’ACCUEIL  » Une petite héroïne » / P. OLARI 
  SCÈNES DE MÉNAGE  
2009 CLAUDE GUEUX / O. SHATZKY 
2007 SAUVEUR GIORDANO ‘Crédit pour un meurtre’ / D. TABUTEAU 
  SAMANTHA OUPS / G. PAUTOMNIER 
2006 ROSE ET VAL / D. LEPECHEUR 
  LA PROMENEUSE D’OISEAU / J. OTTMEZGUINE 
2005 ROSE ET VAL / C. BONNET 
2004 SOS 18 / D. BARON 
  ROSE ET VAL / S. KAPPES 
2003 JOSEPHINE ANGE GARDIEN / P. MALAKIAN 
  FAMILLE D’ACCUEIL / A. WERMUS 
  JULIE LESCAUT ‘Un meurtre peut en cacher un autre’ / A. WERMUS 
  LES CORDIERS JUGE ET FLIC ‘Cas d’école’ / M. PERROTTA 
2002 MADAME LE PROVISEUR ‘La cicatrice’ / A. BONNOT 
  VU A LA TÉLÉ / D. LOSSET 
2000 AVOCATS ET ASSOCIÉS / P. TRIBOIT 
  DE TOUTE URGENCE / P. TRIBOIT 
1999 MATERNITÉ / J-D. ROBERT 
1996 LE SERMENT D’HIPPOCRATE / JL. BERTUCCELLI 
1995 ÉLECTROCHOC / G. MARX 
  SOUS LE CHARME / F. CAZENEUVE 
  DOUBLE PEINE / T. GILOU 
© Copyright D.Manguin Danishout Avril 2017
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